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Newsletter AFPric N°13

Les patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques consultent souvent plusieurs spécialistes en plus de leur médecin traitant. Il y a donc souvent plusieurs prescriptions réalisées en parallèle, avec pour chaque médicament un risque d’interagir avec un autre. On parle d’interaction de médicaments lorsque leurs effets se complètent ou au contraire s’annulent, ou encore risquent d’aggraver les effets secondaires de l’un ou de l’autre.
Cette newsletter fait le point sur les risques d’interactions médicamenteuses qui existent avec les médicaments traditionnellement prescrits dans la polyarthrite rhumatoïde (traitement de fond et traitements symptomatiques).



LES TRAITEMENTS DE FOND CONVENTIONNELS

Ces médicaments ont toujours une place majeure dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde, malgré l’arrivée des biothérapies.
Ils peuvent être prescrits seuls ou en association avec un autre traitement de fond conventionnel ou une biothérapie.

Le Plaquenil®
Le principe actif du Plaquenil® est l’hydroxychloroquine ; ce médicament appartient à la classe thérapeutique des antirhumatismaux et des antimalariques de synthèse. Il a une action anti-inflammatoire et régulatrice sur le système immunitaire ; récemment, ses propriétés anti-athéromateuses et anti-thrombiques (protection cardio-vasculaire) ont été soulignées. Il est actuellement essentiellement utilisé dans le lupus ; sa place est limitée dans la PR car il est surtout réservé aux formes bénignes de polyarthrites indifférenciées dans les premiers mois d’évolution. Il peut surtout être associé aux autres traitements conventionnels.

La Salazopyrine®
Le principe actif de la Salazopyrine® est la sulfasalazine ; ce médicament appartient à la classe thérapeutique des anti-inflammatoires digestifs.
Il est utilisé comme traitement de fond de la maladie de Crohn et de la rectocolite hémorragique. La sulfasalazine agit en inhibant la production d’acide arachidonique (effet anti-inflammatoire) mais on pense qu’elle possède également une action immunosuppressive dont le mécanisme est encore mal connu.

L’Arava®
Le principe actif de l’Arava® est le léflunomide ; ce médicament appartient à la classe thérapeutique des immunomodulateurs.
Il est utilisé comme traitement de fond de la polyarthrite rhumatoïde et du rhumatisme psoriasique. Le léflunomide agit en inhibant une enzyme impliquée dans la prolifération de cellules responsables de la réaction auto-immune.

Le méthotrexate (Novatrex®, Méthotrexate®)
Le méthotrexate est le nom du principe actif ; il s’agit d’un immuno-suppresseur anti-folique aux propriétés anti-prolifératives quand il est utilisé à forte dose en hématologie ou cancérologie, et anti-inflammatoires lorsqu’il est utilisé à plus faible dose.
C’est le traitement de fond le plus largement prescrit et celui dont le taux de maintien à long terme est le plus élevé.
Association contre-indiquée : avec l’antibiotique Bactrim®, car cette association augmente les effets de la toxicité hématologique (toxicité envers les cellules sanguines) du méthotrexate.

Les biothérapies
Dans le cadre des rhumatismes inflammatoires chroniques, les biothérapies visent principalement à bloquer des mécanismes importants de l’inflammation, en ciblant précisément une cellule ou un messager chimique. La majorité des ces biothérapies sont des anticorps ; ils ressemblent un peu à nos propres anticorps, dont le but est de nous défendre contre les virus, les bactéries ou tout autre élément pathogène.
Une biothérapie peut être associée à un traitement de fond conventionnel, mais l’on n’administre jamais 2 biothérapies en même temps, le risque d’effets indésirables étant beaucoup trop grand.

Les anti-TNF alpha
Les anti-TNF alpha sont des biomédicaments qui inactivent l’action
du TNF alpha.
Le TNF alpha est une substance secrétée par de nombreuses cellules de l’organisme et qui intervient de façon majeure dans les processus inflammatoires de la polyarthrite rhumatoïde ; on retrouve en effet des taux élevés de TNF alpha dans le liquide synovial de personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde. Le TNF alpha stimule la production d’enzymes qui dégradent l’os et le cartilage et active également la production de substances qui entretiennent l’inflammation.
Pour agir, le TNF alpha doit toujours se fixer sur un récepteur, lui-même porté par la cible ; les anti-TNF alpha empêchent cette fixation et peuvent ainsi « neutraliser » un des éléments de la cascade inflammatoire.
Il existe à ce jour 3 anti-TNF alpha commercialisés : l’etanercept (Enbrel®), l’infliximab (Remicade®) et l’adalimumab (Humira®).

Les anti-Interleukines (IL signifie Interleukine)
Les interleukines sont des cytokines, c’est-à-dire des messagers chimiques : elles portent l’information d’une cellule à une autre. Les interleukines sont très nombreuses et ont des rôles très divers, elles peuvent par exemple favoriser ou au contraire freiner l’inflammation.
Les interleukines 1 et 6 sont des cytokines pro-inflammatoire, c’est-à-dire qu’elles favorisent l’inflammation ; bloquer leur activité permet donc de réduire l’inflammation.
L’anakinra (Kineret®) bloque l’activité de l’Interleukine 1.
Le tocilizumab (RoActema®) est une molécule qui va bloquer l’Interleukine 6 ; par cette action, c’est en fait le lymphocyte B qui est visé puisque l’Interleukine 6 est très importante, entre autre, pour la maturation du lymphocyte B.

Les anti-lymphocytes
Deux acteurs principaux des réactions inflammatoires et auto-immunes sont le lymphocyte T et le lymphocyte B (que l’on appelle aussi globules blancs) ; ces deux types de cellules communiquent entre elles mais envoient et reçoivent également des signaux d’autres cellules  (macrophages, cellules dendritiques). En empêchant ces cellules de communiquer, on espère ainsi bloquer ou ralentir les mécanismes inflammatoires.
Par exemple, le rituximab (Mabthera®) cible le lymphocyte B à travers un de ses récepteurs membranaires appelé CD20 (c’est pourquoi on appelle aussi le rituximab un « anti CD20 ») ; en se fixant sur le CD20, ce médicament entraîne la destruction de certains lymphocytes B.
L’Abatacept (Orencia®) empêche l’activation du lymphocyte T en bloquant le contact entre le lymphocyte T et d’autres cellules du système immunitaire.

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LES TRAITEMENTS SYMPTOMATIQUES DE LA PR

Ces médicaments sont destinés à atténuer les effets de la maladie sans agir sur son évolution. Il s’agit principalement des anti-inflammatoires (corticoïdes ou anti-inflammatoires non stéroïdiens) et des antalgiques.

La cortisone
La cortisone, au sens propre du terme, est une hormone naturellement fabriquée en petite quantité par la glande surrénale. Par commodité, on l’emploie plus généralement pour désigner tous les traitements à base de glucocorticoïdes de synthèse. Ils sont très utilisés dans le traitement de la PR, en raison de leur puissante activité anti-inflammatoire qui permet de soulager rapidement les douleurs nocturnes et de réduire la durée de la raideur matinale.

Les antalgiques
Les médicaments anti-douleur – ou antalgiques – les plus utilisés dans la polyarthrite rhumatoïde ont pour principe actif le paracétamol, seul ou associé à un opioïde faible (codéine ou dextropropoxyphène), c'est-à-dire un médicament qui agit sur les mêmes centres nerveux que la morphine, mais sans en présenter les inconvénients.
Dans la mesure du possible, il est conseillé de ne pas changer d’antalgique (pour un médicament dont le ou les principes actifs seraient différents) sans l’avis du médecin. Toujours respecter la dose maximale quotidienne à ne pas dépasser et l’espacement minimal à observer entre 2 prises.

Les AINS
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens incluent l’aspirine et de nombreux composés (ibuprofène, coxibs pour les plus connus). Ils sont anti-inflammatoires, antalgiques et antipyrétiques (contre la fièvre). Tous les AINS agissent sur les modifications cellulaires et chimiques accompagnant la réaction inflammatoire, ces réactions étant multiples et complexes. Les AINS doivent toujours être prescrits et utilisés à la dose minimale efficace, et pendant la durée la plus courte possible.
Ne jamais prendre 2 AINS en même temps ; attention à la composition de certains médicaments vendus sans ordonnance en pharmacie qui peuvent contenir de l’ibuprofène (ex : Rhinadvil®) ou de l’aspirine
(ex : Alka Seltzer®).


Voir la boîte à outils : les recommandations concernant les antalgiques
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LES INTERACTIONS MEDICAMENTEUSES DANS LA POLYARTHRITE RHUMATOÏDE

Dans une maladie chronique, comme la polyarthrite rhumatoïde, les prises médicamenteuses sont souvent multiples avec des prescriptions qui peuvent être faites par des médecins différents. Le rhumatologue prescrit l’association d’un traitement de fond de la polyarthrite à des anti-inflammatoires ou des antalgiques contre la douleur. Il est également habituel d’associer des médicaments pour protéger l’estomac, ou pour limiter les risques de déminéralisation osseuse. Le médecin traitant peut être conduit à traiter une maladie associée, comme une hypertension artérielle, ou, de façon ponctuelle, une infection par un antibiotique.
Tous les traitements peuvent interagir entre eux, et entraîner des réactions d’intolérance. Pour limiter les risques d’interaction des médicaments entre eux, la première règle est de toujours communiquer l’ensemble de ses traitements au médecin, quelle que soit la spécialité de celui-ci. 

Quelles sont les interactions médicamenteuses interdites ?
En fait, les associations médicamenteuses interdites sont rares. Parmi ces associations interdites, il faut être vigilant sur l’association de deux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) entre eux. Cela est surtout vrai pour les AINS faiblement dosés qui peuvent être vendus sans ordonnance en pharmacie pour une fièvre. L’association à l’aspirine, même à faible dose, utilisée dans les problèmes vasculaires peut également être dangereuse. Il en est de même de l’association d’un anticoagulant oral à un AINS. Néanmoins, il est possible d’associer un anti-inflammatoire non stéroïdien à un corticoïde, si le bénéfice attendu (réduction de la dose de corticoïdes) est supérieur aux risques potentiels (ulcération du tube digestif).
Dans l’état actuel de nos connaissances, aucune association entre deux traitements biologiques (biothérapies) n’est actuellement conseillée, le risque infectieux apparaissant trop grand. Par contre, certaines associations de traitements de fond classiques ont montré leur efficacité et leur bonne tolérance et l’utilisation d’un traitement de fond classique (et en particulier le méthotrexate) avec un traitement biologique est souvent très utile pour contrôler la maladie.

Quelles sont les interactions médicamenteuses déconseillées ?
L’association d’un antibiotique, le Bactrim®, avec le méthotrexate est déconseillée. De façon générale, la prise d’un antibiotique ou d’un anti-hypertenseur est susceptible d’interagir avec un traitement de la polyarthrite et doit conduire à une surveillance clinique et biologique régulière.
L’efficacité de certains traitements peut-être réduite s’ils ne sont pas pris correctement. Dans le traitement de l’ostéoporose, il faut être particulièrement vigilant pour éviter la prise de calcium concomitante à celle des bisphosphonates. Cette recommandation est également valable pour les eaux riches en calcium 
(ex : Hépar, Contrex), qui peuvent réduire l’assimilation du médicament.

D’après l’article d’Aleth Perdriger « Les interactions médicamenteuses » - Polyarthrite Infos N°69 – décembre 2007

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UN OUTIL POUR EVITER LES INTERACTIONS MEDICAMENTEUSES : LE DOSSIER PHARMACEUTIQUE

Les pharmacies, dans leur grande majorité, sont désormais aptes à ouvrir un dossier et à en faire bénéficier l’ensemble de leurs clients. Le dossier pharmaceutique est un outil destiné à sécuriser la délivrance des médicaments et recense, pour chaque bénéficiaire de l’assurance maladie qui le souhaite, tous les médicaments prescrits ou conseillés par un pharmacien au cours des 4 derniers mois. Il comporte uniquement l’identification, la quantité et la date de délivrance des médicaments. Par contre, pour des raisons de confidentialité évidentes, le prescripteur, le prix et la pharmacie de délivrance ne sont pas indiqués.
Cet outil de lutte contre les interactions médicamenteuses est informatisé, conduit et financé par l’Ordre des pharmaciens. Bien entendu, l’ouverture d’un dossier pharmaceutique est facultative et le patient peut en demander la suppression à tout moment dans l’officine de son choix.
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Pour éviter les interactions médicamenteuses, quelques règles simples doivent être respectées : 

polyarthriteIl faut connaître et noter tous les traitements qui sont pris ; 

polyarthriteTout traitement pris au long cours doit faire l’objet d’une surveillance médicale régulière, en tenant compte des effets indésirables possibles de chacun des produits ;

polyarthrite  Devant l’apparition d’une anomalie clinique ou biologique chez un patient prenant de nombreux traitements, il faut toujours envisager la possibilité d’une interaction médicamenteuse. 

polyarthirteIl faut être particulièrement vigilant dans les auto-prescriptions de médicaments considérés a priori « sans risque ».

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