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Newsletter AFPric N°15

Pour la personne atteinte depuis peu de temps de polyarthrite rhumatoïde qui cherche à s’informer sur les traitements spécifiques de cette maladie et qui découvre que la chirurgie en fait partie, cela peut être un choc. Et la question se pose inévitablement : devrais-je être opéré un jour ou l’autre ?
La réponse sera évidemment toute en nuances. La majorité des patients n’aura jamais recours à la chirurgie, surtout aujourd’hui où les traitements contrôlent de mieux en mieux l’évolution de la maladie et permettent de prévenir nombre de déformations.
Cependant pour celui ou celle qui y sera confronté(e), les interrogations demeurent et les questions, au niveau personnel, sont parfois éloignées du raisonnement médical, logique, rationnel, mais qui ne prend pas toujours en compte ce qu’il y a d’irrationnel en nous et ce qui touche à notre être profond.


POURQUOI RECOURIR À LA CHIRURGIE ?
Dès le diagnostic de polyarthrite rhumatoïde posé, un traitement de fond conventionnel (comme le méthotrexate) est prescrit pour réduire ou stopper l’activité de la maladie qui se manifeste par des poussées inflammatoires. Le but de ce traitement est bien sûr de réduire la douleur et la gêne ressenties mais aussi de prévenir les atteintes irréversibles des articulations. Ces traitements de fond n’ont pas toujours existés et n’ont pas été toujours totalement efficaces. Depuis les années 2000, d’autres traitements, les biothérapies, sont venus accroître les possibilités thérapeutiques pour arriver à un bon contrôle de la maladie pour la grande majorité des patients.
Mais si la maladie est ancienne, et/ou très active et/ou que les traitements n’ont pas été suffisamment efficaces, certaines articulations peuvent être trop abîmées, douloureuses, ne permettant plus certains mouvements. C’est pourquoi la chirurgie fait partie intégrante du traitement de la PR.

La chirurgie a deux indications :
-    Favoriser la disparition du pannus synovial ; ce pannus « malade » et qui prolifère peut entraîner des lésions irréversibles des cartilages et des tendons. Ces interventions précoces aident à préserver les articulations.
-    Rétablir une fonction défaillante ou perdue, du fait de la maladie (rhumatisme inflammatoire chronique et/ou arthrose), et supprimer la douleur. Dans ce cas,
on agit lorsque le cartilage est abîmé et/ou l’articulation ne joue plus son rôle.
On peut avoir recours soit au blocage de l’articulation détruite et douloureuse,
soit à son remplacement par une prothèse.

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QUELLES SONT LES PRINCIPALES INTERVENTIONS ?
Les solutions chirurgicales les plus courantes sont les synovectomies, les arthrodèses et les arthroplasties.

La synovectomie consiste en l’ablation du pannus synovial (la membrane synoviale « malade ») qui se trouve à l’intérieur de l’articulation. Pour éliminer
ce pannus, on peut soit ouvrir l’articulation, en effectuant une intervention chirurgicale (on parle alors de synovectomie chirurgicale), soit préférer une intervention plus limitée sans ouvrir l’articulation, mais en s’aidant d’un arthroscope (tube muni d’une optique adaptée) qui permet de pénétrer dans l’articulation et d’enlever la synoviale anormale (on parle alors de synovectomie arthroscopique).

L’arthrodèse consiste à bloquer définitivement une articulation, de façon à ce qu’elle ne soit plus source de douleurs et qu’elle soit stable. Après l’arthrodèse,
la mobilité d’un membre, ou de la région de l’organisme concernée par cette intervention, est limitée mais moins voire plus du tout douloureuse. Les articulations les plus concernées par l’arthrodèse sont la cheville et le poignet, mais d’autres articulations peuvent être « bloquées » comme les cervicales, par exemple. 

L’arthroplastie est une intervention chirurgicale qui consiste à rétablir la mobilité d’une articulation en créant un nouvel espace articulaire, permettant la mise en place d’une prothèse articulaire ; ces prothèses remplacent les articulations lésées et/ou douloureuses.
Une prothèse est une articulation artificielle, composée de pièces mécaniques synthétiques de la même forme que l’articulation. Elle rend, dans la mesure du possible, les mêmes services qu’une articulation naturelle (souplesse, stabilité, etc.).

A lire : l’histoire de l’orthopédie et des prothèses articulaires

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QUAND SE FAIRE OPÉRER ?
Deux raisons principales incitent à proposer un traitement chirurgical :
- Lorsque la douleur au niveau d’une articulation devient trop importante ;
un acte chirurgical permet d’obtenir l’indolence (absence de douleur).
- Lorsqu’une fonction devient défaillante et limite sévèrement l’autonomie.

L’indication opératoire est rarement une urgence pour les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde, aussi la décision peut-elle être prise dans le calme et
en se préparant au mieux.

Des éléments objectifs et des éléments subjectifs guident le choix d’une décision opératoire. Sur le plan objectif, le bilan radiologique donne des informations précises sur l’altération de l’articulation, mais c’est insuffisant.
L’élément principal est subjectif : c’est la douleur ressentie par le patient, la gêne fonctionnelle et ses conséquences sur la qualité de vie. C’est donc à chacun d’apprécier, en fonction de son mode de vie, de ses aspirations, quel sera le meilleur moment pour se faire opérer.

Cependant, pour certaines interventions, il y a danger à trop les différer. C’est le cas des atteintes du rachis cervical lorsqu’un risque neurologique est présent.
La prudence est aussi de mise pour éviter des ruptures tendineuses sur les mains. De plus, il ne faut pas oublier que, lorsque la décision d’opérer est prise, il peut y avoir des délais d’attente assez longs.

Pour éclairer cette décision un dialogue en toute confiance avec l’équipe médicale est indispensable. Chaque intervention a un objectif précis qu’il est important de bien comprendre pour savoir quels bénéfices sont attendus et quels risques existent.
Par exemple, une arthrodèse de la cheville ne rendra pas sa mobilité à l’articulation, au contraire l’articulation sera bloquée définitivement. Le bénéfice attendu est la suppression de la douleur et la préservation de la marche.

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COMMENT CHOISIR SON CHIRURGIEN ?
Le plus souvent, le rhumatologue est en mesure de vous conseiller sur le choix d’un chirurgien. En tout état de cause, il faut choisir un chirurgien spécialisé en chirurgie osseuse (chirurgie orthopédique) et expérimenté en matière de polyarthrite rhumatoïde, cette maladie posant des exigences particulières pour le chirurgien (la PR ne touche pas que les os !). Les chirurgiens orthopédiques se spécialisent souvent sur une partie du corps (membres supérieurs ou inférieurs, rachis cervical). L’établissement doit avoir une bonne équipe médico-chirurgicale : anesthésistes réanimateurs, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, infirmières, etc.

S’il vous est difficile d’apprécier le bien fondé d’une opération, vous pouvez consulter, pour avis, un autre chirurgien ou en discuter avec votre médecin traitant. Si vos questions ou vos appréhensions portent sur l’équipe médico-chirurgicale, vous pouvez vous informer auprès d’autres patients,
via l’AFPric, par exemple.
 
Rappelez-vous qu’aucune intervention n’est sans risques, comme toute activité humaine. De plus la PR ou ses traitements augmentent légèrement ces risques. Votre médecin doit vous en informer mais la litanie de toutes les complications possibles ne doit pas vous décourager et vous faire perdre de vue le bénéficie que vous retirerez de l’intervention.
Reconnaître ses peurs pour mieux les contrôler est peut-être la première étape
à franchir.
Ainsi, certaines appréhensions peuvent paraître futiles au regard de l’enjeu : le geste chirurgical, bien qu’il soit là pour soulager, est d’abord une atteinte à l’intégrité physique. Accepter que le corps porte les stigmates du bistouri est déjà un pas à franchir, une première difficulté, gardée souvent secrète, mais qu’il faut apprendre à partager avec ses proches, son conjoint. Mettre des mots sur cette inquiétude est un pas vers la confiance.
De très grands progrès ont été faits ces dernières années en chirurgie orthopédique grâce à l’amélioration des techniques, des matériels et aussi de la formation des médecins et des équipes médico-chirurgicales : sécurité accrue de l’anesthésie avec le passage obligatoire de tous les opérés en salle de réveil, lutte contre les risques infectieux, etc.
Enfin, la prise en charge de la douleur est devenue une préoccupation constante pour la majorité des équipes.

Pour vivre l’opération avec le moins de stress possible, le mieux est de bien s’y préparer.
L’idéal serait déjà de pouvoir choisir la période. On peut vouloir éviter la chaleur de l’été si on doit porter un plâtre, ou choisir une période de vacances scolaires pour des questions d’organisation ou encore choisir une période où on pourra bénéficier de la présence d’un tiers si l’on vit seul(e).
Il faut bien se renseigner sur les suites opératoires, savoir s’il est préférable d’aller dans un centre de rééducation (et dans ce cas le choisir) ou s’il est possible de rentrer à la maison. Les suites opératoires sont très différentes s’il s’agit de la hanche ou du genou, par exemple. Visualiser les difficultés que l’on pourra rencontrer du fait d’un bras, d’une épaule ou d’une jambe immobilisés. Prévoir les aides nécessaires (la famille, une aide ménagère, le kinésithérapeute et l’infirmière qui se déplacent à domicile, etc.).
Ne pas hésiter à contacter d’autres patients, par le biais de l’association et de ses délégations ; rencontrer d’autres personnes qui ont bénéficié des mêmes interventions vous aidera à envisager l’avenir plus sereinement.

Si vous êtes traité par anti-TNF alpha, consultez le document 
« Anti-TNF alpha, chirurgie et soins dentaires »

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QUELLES SONT LES INTERVENTIONS LES PLUS
FRÉQUENTES ?

Les synovectomies et les arthroplasties sont les interventions les plus employées ; voici, pour les principales articulations, les gestes chirurgicaux qui peuvent vous être proposés.

Epaule
L’arthroplastie constitue actuellement le traitement de choix des lésions de cette articulation ; elle donne, dans l’ensemble de très bons résultats lorsqu’elle est réalisée à un stade précoce. 

Coude
La chirurgie du coude comprend les synovectomies et le remplacement de l’articulation par une prothèse totale.

Poignet et Main
La ténosynovectomie consiste à ôter la synoviale autour du tendon ; cette intervention est pratiquée en cas de ténosynovite, (c'est-à-dire d’inflammation
du tendon et de sa gaine synoviale, risquant d’entraîner la rupture du tendon). L’ablation de la synoviale malade va faciliter le glissement des tendons, surtout dans les zones rétrécies du poignet et des doigts, où les tendons coulissent dans d’étroits canaux ostéofibreux.

Les synovectomies du poignet avec résection de la tête cubitale et les synovectomies des articulations des doigts sont également utilisées. Parfois, des gestes de stabilisation à type d’arthrodèse partielle ou complète du poignet sont nécessaires.

L’arthrodèse de l’articulation du pouce (celle qui unit le pouce au carpe, c'est-à-dire les os situés sous la paume de la main) est une intervention simple qui donne d’excellents résultats permettant une prise de force de bonne qualité.

Pour plus d’information sur l’anatomie et la chirurgie de la main, consultez le site du Centre de Chirurgie de la main et du membre supérieur.

Genou
Les prothèses totales de genou ont fait des progrès considérables. Elles sont de plus en plus capables de reproduire une cinétique proche de l’articulation normale. Ainsi, elles représentent une bonne indication dans les destructions articulaires des genoux rhumatoïdes. Elles obéissent aux mêmes précautions que les prothèses de hanche. En l’absence de destruction chez une personne jeune, la synovectomie peut s’avérer efficace pendant de nombreuses années ; son caractère enraidissant nécessite cependant une rééducation prolongée.

Pour plus d'informations, consultez  le document « Prothèse de genou »

Cheville et pied
La chirurgie de l’avant-pied est représentée essentiellement par l’arthrodèse mététarso-phalangienne du gros orteil (l’articulation qui unit le pouce au tarse) associée à la résection des têtes métatarsiennes des autres orteils. Ce traitement est souvent prioritaire en raison des difficultés de chaussage et des risques infectieux potentiels liés aux déformations.
En matière de prothèse de cheville, l’évolution s’est faite ces dernières années vers les prothèses dites de 3ème génération. Ces prothèses ont un recul encore faible mais semblent donner des résultats très encourageants.

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Pour conclure, si la chirurgie n’est jamais envisagée de gaité de cœur elle est très utile quand les traitements ne sont plus suffisants pour réduire la douleur ou récupérer la fonction d’une articulation. Elle permet de préserver l’autonomie et la qualité de vie. Enfin, les progrès dans la prise en charge de la PR, de ces dernières années permettent d’envisager un avenir plus serein comme le montre l’étude ci-après : 

« Le bénéfice des nouveaux traitements : un moindre recours à la chirurgie dans les rhumatismes inflammatoires chroniques »
Une étude norvégienne conduite entre 1994 et 2004 a permis de mettre en évidence une diminution du recours à la chirurgie chez les personnes atteintes de rhumatismes inflammatoires chroniques (Ric). Cette étude repose sur le registre spécifique des prothèses totales (Norwegien Arthroplasty Register) et a comparé le nombre d’interventions chez des patients arthrosiques et chez les patients atteints de Ric (polyarthritiques pour 86 % d’entre eux). La baisse du recours à la chirurgie dans les Ric concerne les deux sexes, et notamment la chirurgie du poignet, de la hanche, de l’épaule et du coude (et non de genoux).

La décision d’une intervention chirurgicale devrait toujours découler d’une concertation entre le patient, le rhumatologue et le chirurgien. Les bénéfices attendus, les suites opératoires et les éventuels risques doivent pouvoir être discutés et au final, la décision doit toujours revenir au patient.

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