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La fatigue est une plainte
fréquente des personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde ;
elle a de nombreuses causes, de multiples mécanismes, et nous avons
tous une façon particulière de la ressentir, de la décrire et de la
gérer.
Une chose est sûre, un traitement bien conduit et efficace, qui diminue
l’activité de la maladie, diminue dans les mêmes proportions la fatigue
qui l’accompagne. Une relation physiologique existe donc entre
polyarthrite rhumatoïde et fatigue, mais il existe d’autres sources de
fatigue, parfois moins évidentes : une anémie, un
« ras le bol », un manque d’activité physique –
paradoxalement –, une dépression,…
Pourquoi la polyarthrite
fatigue ?
Comme beaucoup de maladies
inflammatoires, la polyarthrite rhumatoïde provoque des manifestations
d’ordre général plus ou moins marquées, dues à certaines modifications
physiologiques. Des cellules du système immunitaire anormalement
activées au sein des articulations vont libérer des protéines
localement mais aussi dans la circulation sanguine générale ;
ces protéines pro-inflammatoires et inflammatoires sont responsables
d’un certain nombre de symptômes dont la fatigue, mais également
l’élévation de la température corporelle qui accompagne parfois les
poussées de polyarthrite.
L’inflammation chronique est donc une source de fatigue.
Par ailleurs, la polyarthrite rhumatoïde est une maladie douloureuse,
qui évolue par poussées d’intensité, de fréquence et de durée
variables. Ces douleurs, parfois nocturnes, perturbent le sommeil qui
se modifie et n’est plus suffisamment réparateur.
Enfin, la fatigue peut être la manifestation clinique d’une anémie,
d’un malaise, d’une incompréhension de la part de l’entourage,… d’où
l’importance de bien situer chaque symptôme dans le contexte global de
la personne.
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Un
traitement efficace, en réduisant l’inflammation
et la douleur, permet de réduire la fatigue
On conseille aujourd’hui de débuter un traitement de fond le plus
précocement possible, si possible dès le diagnostic de la maladie. On
sait que c’est à ce moment-là, au tout début, que le traitement aura le
plus de chance d’être efficace.
Le but de ces traitements est d’obtenir une rémission (et non une
guérison), de contrôler la douleur et l’inflammation, de protéger les
articulations et de préserver la qualité de vie.
La rémission est obtenue si les douleurs disparaissent, si les
gonflements articulaires ont cessé, si l’inflammation a disparu et si
les signes de destruction radiologique se sont stabilisés. Le médecin
prend en compte également la diminution de la fatigue, la reprise des
activités professionnelles pour considérer que la rémission est
obtenue.
En effet, les résultats de la prise de sang peuvent être bons, mais pas
les clichés radiologiques ; ou alors le patient n’a plus de
gonflements, mais se sent toujours fatigué et ne peut plus mener une
vie sociale et professionnelle satisfaisante.
Voir
la boîte à outils « Qu’est-ce qu’un traitement
efficace ? »
Un traitement efficace, en
réduisant l’inflammation chronique, doit aussi réduire la fatigue qui
l’accompagne ; un traitement efficace, en diminuant les
douleurs, notamment nocturnes, doit vous permettre de retrouver un
sommeil réparateur.
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L’anémie
des maladies chroniques
Une anémie
se produit lorsque le sang ne contient pas suffisamment de globules
rouges sains. Le rôle principal des globules rouges est de véhiculer
l’oxygène jusqu’à toutes les cellules de notre corps, via la
circulation sanguine. En cas d’anémie, notre corps manque
d’oxygène ; les principaux symptômes sont la fatigue, le
manque d’énergie, un essoufflement rapide à l’exercice.
La plupart des anémies sont davantage un symptôme qu’une maladie et
elles peuvent résulter de divers troubles de santé, dont une maladie
chronique comme la polyarthrite rhumatoïde.
L’anémie des maladies chroniques est, comme son nom l’indique, la
conséquence d’une maladie chronique. Cette forme d’anémie occupe le
deuxième rang en importance, derrière l’anémie ferriprive. L’anémie des
maladies chroniques peut passer inaperçue et ne pas être traitée, car
l’attention se concentre habituellement sur la maladie responsable de
l’anémie.
Bien que la cause exacte de l’anémie des maladies chroniques demeure
inconnue, elle est liée aux effets des maladies chroniques sur les
globules rouges. En effet, ces maladies provoquent un certain nombre de
changements au niveau des globules rouges, notamment un
raccourcissement de leur durée de vie, un ralentissement de la
production de nouveaux globules rouges dans la moelle osseuse et une
« rétention » du fer qui ne peut donc pas être
utilisé pour produire de nouveaux globules rouges. En temps normal,
l’organisme recycle le fer qui se trouve dans les
« vieux » globules rouges et s’en sert pour produire
de nouveaux globules. Dans l’anémie des maladies chroniques,
l’organisme ne recycle pas le fer aussi facilement de sorte qu’il est
retenu dans les vieux globules rouges.
Pour diagnostiquer une telle anémie, votre médecin peut prescrire une
prise de sang permettant de doser les éléments suivants :
-
Hémoglobine
- Réticulocytes
- Ferritine sérique
- Fer sérique (ou fer en libre
circulation dans le plasma sanguin)
- Capacité totale de fixation du fer
Un faible
taux de fer sérique constitue le principal indice de la présence d’une
anémie des maladies chroniques, et le plus important. En présence
d’inflammation, il y a une augmentation de la concentration sanguine de
certaines protéines plasmatiques. La concentration accrue de ces
protéines mène habituellement à une accélération de la vitesse de
sédimentation, évaluée au moyen d’une analyse sanguine.
Notez aussi que le Méthotrexate peut avoir comme effet indésirable une
diminution de la quantité de certaines cellules sanguines, dont les
globules rouges, ce qui entraîne également une anémie.
Voir
la boîte à outils « Résultats de l’analyse de sang »
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L’activité physique
De nombreux
travaux mettent en évidence que la fatigue est importante dans la
polyarthrite rhumatoïde et qu’elle a des conséquences sur la vie des
patients.
Une étude anglaise a cherché à identifier des critères permettant de
mesurer l’intensité de la fatigue dans la polyarthrite. D’autres études
montrent une corrélation entre la fatigue, l’activité de la maladie, la
gêne fonctionnelle et les facteurs psycho-sociaux.
Pour tenter d’agir sur ce symptôme important (et ses répercussions)
dans la polyarthrite rhumatoïde, des équipes ont travaillé notamment
sur la pratique régulière d’une activité physique. Les résultats sont
positifs et parmi les améliorations, on peut citer :
- la diminution significative de la
fatigue ;
- l’amélioration du score HAQ (échelle de
mesure des capacités fonctionnelles) ;
- la réduction ou arrêt des
anti-inflammatoires et des corticoïdes ;
- l’amélioration de la préhension et
l’augmentation de la force musculaire ;
- l’amélioration significative des
composantes de l’échelle de dépression, d’anxiété et de stress.
La conclusion de ces études est qu’outre les bienfaits de l’activité
physique sur l’évolution de notre santé démontrés pour tous (capacité
respiratoire, système cardio-vasculaire, densité osseuse, etc.), elle
est également efficace sur les symptômes spécifiques de la PR.
Comment
adapter son activité physique à la PR ?
L’activité physique est donc bénéfique puisqu’elle préserve la
souplesse et la force musculaire, prévient et réduit la fatigue, mais
permet également au niveau physiologique de
« nourrir » plus efficacement les cellules qui
constituent les os et le cartilage.
Cependant, lorsqu’on souffre de PR et/ou d’arthrose, certains
mouvements sont rendus difficiles, voire douloureux. Comment savoir si
l’on ne sollicite pas trop durement ses articulations en pratiquant une
activité physique ?
Pendant les périodes de poussées inflammatoires, il est préférable
d’épargner les articulations touchées : elles sont en effet
particulièrement vulnérables à ce moment-là. Il faut alors éviter de
les faire travailler durant la journée et parfois les immobiliser en
bonne position pendant la nuit.
Cela ne contre-indique pas la pratique d’un sport en général :
par exemple, on peut continuer à marcher si l’on a mal aux épaules et
aux poignets.
En dehors des périodes de poussées inflammatoires, deux cas de figure
peuvent se présenter :
-
Vous souhaitez démarrer une activité physique car vous n’en pratiquiez
pas jusqu’à présent. Tout d’abord, prenez contact avec
votre médecin (traitant et/ou rhumatologue) pour effectuer un bilan.
Vous avez peut-être besoin d’évaluer vos capacités cardio-vasculaires
avant de reprendre une activité physique et votre médecin peut vous
aider à établir un programme d’entraînement adapté (fréquence cardiaque
à ne pas dépasser, temps et types d’exercices,…).
Il en va de même pour vos articulations : certaines sont
peut-être juste « rouillées » par le manque
d’exercice et la mobilisation leur rendra une relative souplesse, ce
n’est pas forcément le cas si vous avez des érosions ou des
prothèses : les exercices conseillés ne seront donc pas les mêmes.
-
Vous pratiquiez jusqu’à présent une activité physique et votre PR vient
de se déclarer. Il ne faut bien sûr pas stopper votre
activité physique, mais l’adapter pour diminuer les contraintes sur les
articulations éventuellement fragilisées par la maladie ou
douloureuses. Cela peut passer par des séances plus courtes, plus
espacées dans le temps, ou bien parfois par un changement de sport car
votre activité précédente devient incompatible avec votre polyarthrite
(car trop « violente » pour vos articulations).
Cependant, avant de prendre cette décision, attendez d’avoir un
traitement de fond efficace qui aura suffisamment stabilisé votre
polyarthrite. Les douleurs liées à l’inflammation doivent régresser
avec le traitement et vous permettre de solliciter normalement vos
articulations (pas forcément « comme avant » mais au
moins pour les activités quotidiennes).
Quelles
sont les activités physiques les moins « à
risque » ?
Bien sûr, les activités le plus souvent conseillées sont la marche, la
natation et le vélo car elles se pratiquent facilement et sollicitent
« en douceur » les articulations. Ce sont également
des activités d’endurance qui, sur le long terme, améliorent l’état
cardio-vasculaire. Mais de nombreux autres sports sont possibles.
Il serait plus simple de citer les sports les plus
« traumatisants » pour les articulations et
qui seront donc à pratiquer avec précaution : le jogging, les sports de
balle sauf le golf, les sauts, le step, l’haltérophilie, les lancés,
l’équitation, le vélo tout terrain. Cette liste est bien sûr à adapter
en fonction de chacun : pourquoi ne pas faire du jogging si
vous ne souffrez pas des genoux ? A l’inverse, le golf serait
plutôt contre-indiqué si vos mouvements d’épaules sont douloureux et
limités.
Voir la boîte à outils
« Exercices d’entraînement quotidien »
Même
si ces exercices peuvent vous sembler simples et sans intérêt,
persévérez et vous constaterez rapidement leurs avantages :
ils permettent déjà de se remettre en douceur à l’activité physique, en
« dérouillant » un peu le corps et les articulations,
et vous redonne aussi peu à peu le goût de l’effort et de l’activité.
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Fatigue
et déprime
Au
terme d’une journée passée à déménager des cartons, ou bien après une
séance de sport, la sensation de fatigue physique (ce que l’on appelle
« bonne fatigue ») est provoquée par différents
facteurs : une perte d’eau et d’électrolytes, une baisse du pH
sanguin, de petites lésions des fibres musculaires… Dans ce cas, une
bonne nuit de sommeil permet de réparer nos muscles altérés par
l’effort. Pendant le sommeil lent et profond, nous sécrétons des
hormones de croissance, lesquelles favorisent la synthèse des protéines
et accélèrent le renouvellement cellulaire, donc la réparation des
lésions musculaires.
Mais ce procédé simple et naturel n’est
d’aucune utilité en cas de fatigue nerveuse ou psychique ;
l’énergie continue de manquer, on constate une baisse de la
concentration, une modification de l’humeur. Une déprime passagère ou
une dépression déjà installée peuvent en être à l’origine.
Dans la
relation étroite entre fatigue et sommeil, la composante psychologique
est vraiment très importante ; lorsqu’on est amené à réduire
son
temps de sommeil parce qu’on est très impliqué dans une activité
prenante, valorisante, motivante, la fatigue ne se fait pas beaucoup
sentir. Mais si l’on a un sommeil fractionné, amputé, parce qu’on se
trouve dans une situation pénible, pesante, stressante, avec des
obligations ou des échéances difficiles à maîtriser, porteuses
d’angoisse, la fatigue est beaucoup plus intense.
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Quelles
solutions à la fatigue « psychique » ?
Une bonne hygiène
de vie est le
premier garant d’un repos salvateur. Equilibrez vos repas et limitez
les excitants : alcool, tabac et café.
Attention à la cortisone qui, à dose moyenne ou forte, peut provoquer
une excitation et des difficultés d’endormissement. N’hésitez pas à
revoir les doses ou leur fractionnement avec votre médecin pour trouver
le juste équilibre entre l’effet anti-inflammatoire, et l’effet
« excitant » de ce produit.
Adoptez sans complexe la petite sieste après le déjeuner : le
repos pendant la digestion favorise la transformation des aliments en
énergie et réduit le stress – qui chute pendant le sommeil. Il faut au
moins un quart d’heure de sommeil pour se reposer mais 3 minutes
suffisent pour se décontracter.
D’autres méthodes ont fait leurs preuves : la sophrologie, la
respiration ou la relaxation s’avèrent souvent très efficaces.
Contrairement aux médicaments, la relaxation permet de puiser dans ses
propres « outils » de guérison ; en effet,
en aidant à faire face au stress qui sous-tend le malaise, la
relaxation offre une vraie libération et non pas un endormissement des
symptômes.
Enfin, parlez-en à votre médecin, qui fera la distinction entre déprime
(passagère, saisonnière) et une vraie dépression, une maladie réelle
qui doit être traitée et soignée en tant que telle.
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Pour
aller un peu plus loin : ce que l’on sait des mécanismes
de la fatigue
Les mécanismes de
la fatigue ne sont pas encore clairement compris, ce qui explique les
difficultés de son traitement. La simplification consiste à séparer la
fatigue périphérique (comme la fatigue musculaire) de la fatigue
centrale (dysfonctionnement du système nerveux central). Certaines
régions du cerveau (lobe frontal, thalamus, hypophyse, ganglion basal)
ont probablement un rôle capital dans la modulation de la fatigue.
L’activité de ces régions est contrôlée par des neurotransmetteurs
(comme la sérotonine - médiateur chimique - impliquée aussi dans la
régulation du sommeil, de l’appétit et de l’humeur) et des cytokines
pro-inflammatoires (protéines qui sont des médiateurs entre les
cellules immunes et les cellules cérébrales) qui stimulent aussi l’axe
hypothalamo-hypophysaire.
La composante neurobiologique est probable même si l’on manque de
marqueurs biologiques pour la mettre en évidence. Des anomalies de
l’imagerie cérébrale fonctionnelle confortent le syndrome fatigue d’un
complément objectif permettant de concevoir, sans plus de précision
dans l’immédiat, les régions du système nerveux central à l’origine de
la fatigue mais aussi d’un certain nombre d’éléments
associés : anomalies de la perception douloureuse, troubles du
sommeil, troubles cognitifs, anxiété, dépression.
En effet, la fatigue peut être initiée par des facteurs différents de
ceux qui la perpétuent ou l’exacerbent. Les maladies physiques peuvent
être à l’origine de symptômes initiaux de fatigue dus à des mécanismes
biologiques spécifiques, le symptôme fatigue pouvant être exacerbé par
des facteurs secondaires comme le déconditionnement à l’effort, la
douleur, les troubles du sommeil et la dépression. Cette association de
symptômes à la sensation de fatigue conduit à un
« syndrome » fatigue non spécifique, évalué dans les
études scientifiques sur la fatigue. L’utilisation d’une mesure large
et subjective (échelles de fatigue) est probablement la raison majeure
expliquant pourquoi l’activité de la maladie n’est pas corrélée aux
mesures objectives et comportementales de la fatigue (DeLuca, 2005).
L’ouvrage de Jean-Louis Chrétien (De la fatigue, éditions de Minuit,
Paris, 1996), abordant le concept de « Fatigue » sous
l’angle philosophique, a eu le grand mérite de pousser le corps médical
à s’interroger sur cette notion de fatigue et de comprendre ce silence
médical sur un symptôme dont les conséquences sont pourtant reconnues
en terme de réduction des performances ou des activités, d’arrêts de
travail et de grandes perturbations de la qualité de vie.
Extrait de l’article de Gérard CHALES « Que sait-on de la
fatigue ? »
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Dans
la polyarthrite rhumatoïde, la fatigue est secondaire à l’état
d’inflammation chronique qui caractérise la maladie ; elle est
également exacerbée par des facteurs secondaires comme la douleur, les
troubles du sommeil et la dépression. Mais à chaque cause, il peut
exister une solution : un traitement de fond efficace
représente la première de ces solutions, à vous de lui associer une
bonne hygiène de vie (alimentation, activité physique, sommeil,…) et de
la détermination : à long terme, on sait que les patients
persévérants conservent une meilleure forme que ceux qui baissent les
bras.
N’hésitez pas à vous faire aider si vous en ressentez le besoin, et
parlez toujours à votre médecin de la fatigue que vous ressentez. Mieux
comprise aujourd’hui, la fatigue est donc mieux entendue et mieux
traitée.
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