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Pourquoi moi ?
Lequel d’entre nous ne s’est pas posé cette question à l’annonce du
diagnostic de la polyarthrite rhumatoïde.
La question est simple mais la réponse beaucoup plus complexe.
On parle de génétique alors que souvent le reste de la famille n’est
pas atteint ; on parle de facteurs environnementaux mais on ne les
a pas encore identifiés…
Que sait-on des origines de cette maladie ?
Quelle est la part de la génétique ?
Quels sont les risques pour mes enfants ?

La polyarthrite est le rhumatisme inflammatoire chronique le plus fréquent ;
il atteint environ 0,3 % de la population en France.
Cela représente 300 000 malades et environ 7000 à 8000 nouveaux cas par an.
C’est une maladie qui a une composante génétique, bien qu’elle ne se transmette
pas comme les maladies héréditaires plus connues (mucoviscidose, hémophilie,…) ; il est vrai que les enfants ou les frères et sœurs de personnes atteintes de PR ont un risque un peu plus élevé de développer une PR mais celui-ci reste faible toutefois.
La part de la génétique représente 30 % du risque de développer une PR, les
70 % restant sont des facteurs environnementaux, mal connus à ce jour, mais aussi indispensables au déclenchement de la maladie. A ce sujet, les recherches
avancent, et même si les facteurs favorisants aujourd’hui identifiés 
(le tabac par exemple) ne majorent que faiblement le risque et ne peuvent
expliquer à eux seuls la survenue d’une PR, ils permettent toutefois d’aider
à la compréhension des mécanismes physiopathologiques de la maladie.


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La polyarthrite rhumatoïde est une maladie à laquelle 
on est prédisposé génétiquement, qu’est ce que cela veut dire ?

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Voir le schéma « ADN, gènes, allèles »

L’ADN porte les informations nécessaires à la constitution et au fonctionnement de tous les êtres vivants. Chaque espèce animale ou végétale se construit grâce aux informations portées sur cet ADN, présent de façon identique dans chacune de ses cellules.
L’ADN est donc une molécule « universelle » que l’on retrouve chez tous les êtres vivants mais l’organisation et le nombre des gènes est propre à chaque espèce.
On distingue les termes « ADN » et « gènes », car l’ADN est le support, tandis que le gène est un segment bien délimité d’ADN qui porte le code servant à la fabrication d’un élément bien précis de l’organisme.
Tout l’ADN n’est pas fait de gènes, il y a beaucoup de segments d’ADN « muets » qui ne servent à rien.

Chez l’homme il y a environ 30 000 gènes qui sont disposés sur un ruban d’ADN de 2 mètres de long, le tout replié dans le noyau de chacune de nos cellules (on estimait auparavant ce nombre à 100 000 mais il a récemment été revu à la baisse).
Dans l'espèce humaine, nous avons tous le même nombre de gènes, disposés de la même façon sur notre ADN ; cependant chaque gène peut se décliner sous plusieurs formes que l’on appelle « allèle » ou « variant allélique » ou « variant génétique » ; par exemple il existe un gène pour la couleur des yeux qui se décline en autant d’allèles qu’il existe de couleur : bleu, marron, vert,… Tous nos gènes sont en double exemplaire, nous en héritons pour moitié de notre père et pour moitié de notre mère au moment de la fécondation de l’ovocyte par le spermatozoïde : nous conserverons ces mêmes gènes toute notre vie et en transmettrons la moitié (sélectionnés au hasard) à nos enfants.

Chaque espèce animale ou végétale a donc un nombre et une
disposition des gènes qui lui est propre ; ceci ne permet les croisements
qu’à l’intérieur d’une même espèce.

Ce qui fait que chaque individu au sein de cette espèce est unique, c'est la
diversité des allèles qui existe pour beaucoup de gènes. 

Certains allèles de gènes prédisposent à développer des maladies auto-immunes
dont la polyarthrite rhumatoïde.
On parle de facteurs génétiques de prédisposition. A ce jour, nous en connaissons quelques uns que l’on retrouve plus fréquemment (mais pas obligatoirement) chez les personnes atteintes de PR ; on les retrouve également chez des personnes non atteintes, ce qui indique qu’ils ne sont pas les seuls responsables du déclenchement de la PR.
- le gène HLA : les variants HLA DR1 ou DR4 sont associés à la PR.
On les retrouve chez 75 % des personnes atteintes de PR mais aussi chez 40 %
de la population générale.
- le gène PTPN22 : un variant est associé à la PR et au diabète de type 1.
Ce variant semble favoriser l’apparition d’auto-anticorps dirigés contre des
éléments de l’organisme. On retrouve ce variant chez 30 % des personnes atteintes de PR avec facteur rhumatoïde et chez environ 20 % de la population générale.
- le gène C5-TRAF1 : un variant est associé à la PR et à certaines formes
d’arthrites juvéniles.

Il existe très certainement d’autres facteurs génétiques qui ne sont pas encore identifiés aujourd’hui ; il existe des suspicions pour certains, mais d’autres sont très certainement encore totalement méconnus. Globalement, l’ensemble de ces facteurs (connus et méconnus) représente 30 % du risque de développer une PR.

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Voir le schéma "comment se déclenche la PR "

Ces facteurs de prédisposition sont identifiés en examinant l’ADN d’un très grand nombre de personnes atteintes de PR et en le comparant à celui de personnes non atteintes. C’est donc grâce aux malades qui acceptent de donner un peu de leur sang (on extrait l’ADN de n’importe quelle cellule, dont celles du sang) que l’on peut retrouver ces facteurs.
C’est l’une des activités du laboratoire GenHotel, le laboratoire de recherche européen pour la polyarthrite rhumatoïde ; son objectif est de découvrir les facteurs génétiques en cause dans la polyarthrite rhumatoïde pour ouvrir de nouvelles pistes vers un traitement définitif de cette maladie. Ce laboratoire, soutenu financièrement par l’AFP, recherche régulièrement des familles dont un membre est atteint de PR afin de disposer de matériel génétique en quantité suffisante ; en effet, pour valider l’existence d’un facteur génétique, il faut qu’il soit vérifié chez un nombre important de personnes (atteintes et/ou indemnes).
Pour plus d’information sur les recherches du laboratoire GenHotel, consultez le site www.genhotel.com et téléchargez la note d’information et la fiche de consentement dans la rubrique « 1000 familles ».

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Les facteurs d’environnement

On pense que des facteurs d’environnement interviennent dans la survenue de la maladie : en effet, on constate que dans certaines zones géographiques ou pays, la PR est plus ou moins fréquente. Des études européennes ont mis en évidence que l’incidence de la PR (le nombre de nouveaux cas par an) est généralement plus élevé en Europe du nord que du sud.

Parmi les facteurs favorisant le déclenchement de la PR, on peut citer les facteurs suivants, même si ceux-ci ne font pas à proprement parler partie de l’environnement :

- les facteurs hormonaux ont été soupçonnés devant le fait que cette maladie prédomine chez la femme en période de ménopause. De plus, il existe une rémission fréquente pendant la grossesse, et souvent une poussée après l’accouchement. Enfin, les contraceptifs oraux pourraient peut être diminuer la sévérité de la PR.
- les facteurs psychologiques sont parfois retrouvés : dans 20 à 30 % des cas, on constate que la PR survient après un événement marquant comme un deuil ou une séparation. Cette constatation souligne la relation étroite qui existe entre système nerveux et système immunitaire. De la même manière, de nombreux polyarthritiques témoignent que les stress quotidiens ou les événements de vie éprouvants influent sur leur symptômes et l’intensité des poussées.

On peut également citer quelques facteurs de risque, identifiés ces dernières années. Il en existe très certainement d’autres :
- les fumeurs ont un risque un peu plus élevé de déclencher une PR que les non-fumeurs ;
- les personnes qui fabriquent dans leur sang un certain type d’anticorps
(les anticorps anti peptides citrullinés) ont plus de risque de souffrir d’une PR que les autres. En effet, ces anticorps qui servent aujourd’hui au diagnostic de la PR se retrouvent chez des gens qui ne sont pas atteints ; cela ne veut pas dire qu’ils déclencheront un jour une PR, la présence de ces anticorps ne constitue qu’un facteur de risque.

A l’inverse, il existe des facteurs de protection, notamment hormonaux chez la femme. On a cité les contraceptifs oraux qui pourraient diminuer la sévérité de la PR, l’allaitement long (supérieur ou égal à 13 mois) semble réduire le risque de survenue de la PR.

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La théorie hygiéniste… sommes-nous trop propres ?

Les théories hygiénistes sont au départ un ensemble de doctrines et de pratiques conseillées au cours du XIXème Siècle, visant à améliorer la santé de l’homme ; on peut y mettre la création des égouts, le ramassage des ordures, les conseils d’hygiène corporelle, la vaccination…
L’amélioration de l’hygiène a permis à cette époque un allongement tout à fait significatif de l’espérance de vie.

Aujourd’hui cependant, on pense qu’un excès d’hygiène, associé à l’arrivée d’un grand nombre de nouveaux allergènes a déstabilisé notre système immunitaire qui n’a pas réussi à s’adapter aux profondes modifications de notre environnement, occasionnant des pathologies comme l’allergie ou les maladies auto-immunes. En effet, le système immunitaire avait l’habitude de lutter contre les microbes et les virus ; l’utilisation des vaccins et le recours aux antibiotiques a diminué le nombre d’infections. Notre système immunitaire s’est donc transformé et s’est mis à lutter contre des éléments apparemment inoffensifs (pollens, acariens,…) ou bien contre des éléments de son propre organisme.

Le gradient « Nord-Sud » observé dans la prévalence des maladies auto-immunes illustre en partie cette théorie : il existe une réelle différence dans la fréquence de ces maladies entre les pays occidentaux et les pays en voie de développement. Elles sont en effet beaucoup plus fréquentes en Europe, aux Etats-Unis, dans tous les pays où il n’y a quasiment plus de maladies infectieuses. A l’inverse, en Afrique où les gens meurent encore du paludisme ou d’autres maladies infectieuses, il n’y a pratiquement pas de maladies auto-immunes ; leur système immunitaire est trop occupé à lutter contre les agents infectieux extérieurs pour s’attaquer aux constituants de leur organisme. Le système immunitaire commence en effet par se débarrasser des dangers les plus sévères et les plus immédiats afin de maintenir la personne en vie.
La fréquence des maladies auto-immunes est donc inversement proportionnelle à celle des maladies infectieuses. Cela se vérifie dans la géographie mondiale, entre le Nord et le Sud, mais également dans l’histoire : avant les vaccins et la médecine moderne, il y avait des maladies infectieuses et pas de maladies auto-immunes, maintenant c’est l’inverse.

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La question des vaccins


La question de savoir si l’on peut déclencher une PR suite à une vaccination est actuellement très controversée. Il existe plusieurs observations de personnes ayant débuté une polyarthrite rhumatoïde après une vaccination, notamment après vaccination contre l’hépatite B. Certaines de ces observations sont très douteuses. En revanche, d’autres sont troublantes. Une étude anglaise a par ailleurs suggéré que l’on retrouvait plus fréquemment une notion de vaccination dans les semaines précédent le déclenchement d’un rhumatisme inflammatoire. D’autres études américaines ont également rapporté une augmentation du risque de survenue d’arthrite chronique après vaccination contre la rubéole et l’hépatite B. Toutefois, ces arthrites étaient loin de toutes correspondre à des polyarthrites rhumatoïdes.

Si l’on revient à la polyarthrite rhumatoïde, et si l’on s’intéresse plus particulièrement au vaccin contre l’hépatite B, qui a été le plus étudié, plusieurs études épidémiologiques n’ont pas retrouvé d’augmentation du risque lié à l’utilisation du vaccin. Il existe donc une discordance entre d’un côté les observations très « troublantes », d’un autre côté les études aux résultats négatifs. Il faut cependant savoir que les études épidémiologiques ne permettent pas d’écarter formellement le risque. Simplement, elles nous apprennent que si ce risque existe, il est très faible, en tout cas beaucoup plus faible que ce qui a été décrit dans le presse à une certaine époque.
Extrait de l’article « Vaccin et polyarthrite rhumatoïde » du Pr jean-Francis Maillefert, paru dans le Polyarthrite Infos N°67 – Juin 2007

Voir aussi la synthèse « Vaccination anti-hépatite B et polyarthrite rhumatoïde » du comité consultatif mondial sur la sécurité des vaccins de l’OMS.

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Le tabac, quel impact réel ?

Plusieurs indices concourent aujourd’hui à relier le tabagisme et la polyarthrite rhumatoïde. Mais comment expliquer ce rôle néfaste de la cigarette sur l’apparition de la maladie et de ses complications ?

Une analyse des études publiées sur le sujet entre 1966 et 2005 témoigne d’une augmentation moyenne du risque de développer une PR de 31% pour les femmes et de 83 % pour les hommes lorsqu’ils sont fumeurs ; même si le risque semble considérablement augmenté par le tabagisme, il reste cependant très faible. On sait également que les polyarthritiques fumeurs ont une maladie plus sévère et plus difficile à contrôler.
Les dernières études établissent un lien entre le tabagisme et la présence d’anticorps anti-CCP, actuellement le marqueur le plus spécifique de la polyarthrite rhumatoïde ; ces anticorps sont dirigés contre des protéines ayant subi une transformation les rendant anormales (elles sont « citrullinées ». On pense actuellement que cette transformation peut être le résultat d’une agression comme le tabac. Chez la grande majorité des personnes, le système immunitaire ne va pas réagir à la présence de ces protéines ; mais chez d’autres présentant un terrain génétique prédisposant, elles déclenchent une réaction immunitaire à l’origine de la polyarthrite rhumatoïde.
Pour aller un peu plus loin, une équipe française a même identifié les groupes qui peuvent être victimes de l’effet du tabac sur l’apparition et la sévérité de la PR : certains sous groupes (nommés « *04, *01 et *10 ») des porteurs du variant HLA-DRB1. Ces résultats ont été présentés au dernier congrès de l’ACR (American College of Rheumatology) fin 2008.

Ces recherches, outre le fait de donner une bonne occasion aux rhumatologues de vous conseiller l’arrêt du tabac, pourraient aider à expliquer les mécanismes physiopathologiques de la maladie.
L’élévation des auto-anticorps anti-CCP précède souvent l’apparition des symptômes articulaires de la PR, mais le site anatomique où ces anticorps sont produits initialement reste encore inconnu. En se basant sur la fréquence de l’association du tabagisme à la PR et sur le fait qu’une pneumopathie est parfois associée au diagnostic de PR, des chercheurs ont émis l’hypothèse que le poumon pourrait être le site de ces désordres immunitaires. Des études sont en cours, en observant des populations à risque de PR mais non malades (antécédents familiaux de PR + présence d’anticorps anti-CCP) et en les comparant à une population témoin appariée (c’est à dire identique) pour l’âge, le sexe et le statut tabagique mais non prédisposé à la PR. On retrouve chez les sujets prédisposés des anomalies des voies respiratoires, même chez les non fumeurs, et avant l’apparition d’éventuels signes de PR. Les auteurs mènent actuellement une étude recherchant une éventuelle citrullination des protéines dans le liquide provenant des alvéoles pulmonaires de ce type de sujets à risque.

Les études de cohorte permettent ainsi d’identifier des facteurs favorisant ou au contraire protecteurs de certaines maladies chroniques ; comme souvent, on confirme le rôle « nocif » de substances comme le tabac, mais il y a des exceptions !
Si le rôle (toutefois modeste) du tabac dans le déclenchement de la PR commence à être bien connu, on vient de découvrir qu’à l’inverse, l’alcool semblerait être un facteur protecteur. C’est ce que suggère une étude réalisée par l’équipe scandinave qui avait travaillé il y a quelques années sur le rôle du tabac. Cette étude montre une diminution significative du risque de PR chez les consommateurs d’alcool et ce d’autant plus que la consommation est élevée (relation dose-dépendante). La réduction du risque rapporté dans cette étude, allait jusqu’à 40 à 50 % dans le groupe des plus gros consommateurs comparativement aux plus faibles consommateurs. De plus, l’alcool réduirait le risque lié au tabagisme chez les personnes prédisposées ayant des anticorps anti-CCP. Bien que les mécanismes ne soient pas encore élucidés, les auteurs suggèrent que l’immunodépression induite par l’alcool pourrait expliquer ces résultats.

La polyarthrite rhumatoïde est donc une maladie plurifactorielle, c’est à dire que plusieurs phénomènes doivent se conjuguer pour qu’elle se déclenche. Aucun des facteurs cités ci-dessus (qu’ils soient génétiques ou environnementaux) ne peuvent à eux seuls déclencher la maladie.
C’est très certainement l’association de plusieurs d’entre eux qui est responsable du déclenchement de cette pathologie.

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